Texte 1 Mowgli et Texte 2 La bagnole et la mouche
TEXTE 1
Rédaction d'une nouvelle courte de 3000 signes sous forme de pastiche (imitation d'un style ou d'un genre, en hommage à un auteur) d'un texte choisi : Un Martien, Nouvelles Histoires pressées, Junior Bernard Friot, Éditions Milan.
Texte original de J Bernard Friot :
Un Martien
Planète Mars, neuf heures du soir.
Cher papa, chère maman, Eh oui, me voici sur la planète Mars. J'espère que vous vous êtes bien inquiétés depuis ce matin et que vous m'avez cherché partout. D'ailleurs, je vous ai observés grâce à mes satellites espions et j'ai bien vu que vous faisiez une drôle de tête cet après-midi. Même que papa a dit : « Ce n'est pas possible, il a dû lui arriver quelque chose ! » (Comme vous le voyez, mes micros longue distance sont ultra-puissants.) Eh bien, j'ai un peu honte de le dire, mais je le dis quand même, parce que c'est la vérité : je suis rudement content que vous vous fassiez du souci. C'est de votre faute, après tout. Si vous ne m'aviez pas interdit d'aller au cinéma avec François, je ne serais pas parti. J'en ai marre d'être traité comme un gamin ! D'accord, je n'aurais pas dû vous traiter de vieux sadiques ; Mais maman m'a bien traité de gros mollasson, alors on est quittes. Ne me demandez pas comment je suis arrivé ici, c'est un secret et j'ai juré de ne pas le dire. En tout cas, je me plais bien sur Mars. Les gens ne sont peut-être pas très agréables à regarder, mais ils sont super sympas. Personne ne fait de réflexions quand vous avez le malheur d'avoir un 9 en géographie. Vous voyez à qui je fais allusion... Il y a quand même des choses un peu bizarres. Je ne parle pas des espèces de scarabées que les Martiens grignotent à l'apéritif. Sur Terre aussi, il y a des trucs impossibles à manger. Les choux de Bruxelles, par exemple. Non, le plus tordu, c'est la façon dont on fait les bébés. Il suffit qu'un garçon et une fille se regardent dans les yeux, et hop ! ils deviennent papa-maman. J'ai déjà une demi-douzaine d'enfants. Je crois que je vais mettre des lunettes de soleil. C'est plus prudent. J'ai encore des tas de choses à vous raconter, mais je préfère m'arrêter là. Portez-vous bien et à bientôt, j'espère.
P.-S. : Vous seriez gentils de m'envoyer deux sandwiches au saucisson, un yaourt à la fraise et une bouteille de jus de raisin. Et dites-moi si vous êtes encore fâchés.
P. P.-S. : Vous n'avez qu'à laisser le colis et la lettre devant la porte du grenier. Ne vous inquiétez pas, ça arrivera.
Texte 1 Pastiche de "Un Martien" de J Bernard Friot
Mowgly
Dans la jungle, sept heures du soir
Mon cher mari,
Et oui, me voici partie rejoindre Mowgli, au fin fond de la jungle indienne. J'espère que tu t'es bien inquiété depuis que tu es rentré puisque, contre toute attente, je n'étais pas dans la cuisine. Ni dans l'arrière-cuisine. Ni même dans la salle de bain. Mon sixième sens me laisse penser que tu étais légèrement agacé de devoir t'aventurer jusque dans ce coin obscur qu'est la buanderie. Et que de dire de ton exaspération quand tu as remarqué que la machine à laver était finie et que je restais introuvable…J'imagine ta tête ! Inévitablement tu as fini par crier "Catherine !!! Il est temps que cette petite blague s'arrête !" ( C'est ta préférée). Même les voisins ont dû t'entendre...J'ai un peu honte mais il faut que je t'avoue que cette situation m'amuse beaucoup. Tout ça est un peu de ta faute après tout. Si tu n'avais pas soutenu des propos mysogino-machistes et discrètement souri quand ce tordu de Patrick a parlé de "la place naturelle du sexe faible", on n'en serait pas là. Tu m'aurais traitée de boniche, ça aurait fait le même effet ! Je sais, je n'aurais pas dû balancer la télécommande à travers la pièce mais tes insinuations méritaient bien le vol plané d'un objet indispensable à ta survie.
Tu as maintenant découvert que le frigo était rempli de produits consommables et que, oh surprise, aucun robot humain n'était disponible pour transformer ces aliments crus en repas chaud ! C'est une première, je sais. Mais tu es un grand garçon maintenant, bientôt quarante-trois ans. Bien sûr, tu ne les fais pas. Tu es beau, oui je sais. Tu es fort aussi, oui je sais. Mais malgré tout ce qui fait de toi l'être exceptionnel que tu es, tu vas vider le lave-vaisselle ce soir. Tu vas même mettre la table et, comble de l'horreur, cuisiner pour remplir ton petit ventre tout poilu qui a faim. Et pas le peine de faire tourner la machine une seconde fois pour éviter la corvée, ça ne marchera pas ce coup-ci car je ne reviendrai pas tout de suite…
Ne me demande pas comment j'ai fait pour arriver jusqu'ici, c'est un peu mon jardin secret…En tous cas, c'est hyper joli cette forêt et Mowgli est sympa comme tout. Je pense que je vais vraiment m'y plaire. Je dois admettre que faire pipi dehors avec des bestioles qui se baladent partout n'était pas spécialement sur ma "bucket list*" mais ça a l'avantage d'éviter de se battre pour que la lunette des chiottes reste baissée. Tu te rends compte que ce petit d'homme n'a qu'un pagne ? Un seul, pas même un change ! J'avoue, j'ai mis un certain temps à détacher ce foutu bout de tissu mais tiens-toi bien, le môme, obligé de poireauter cul nu dans la forêt de bambous, ne s'est plaint de rien ! Il y en a un qui aurait perdu patience pour moins que ça, si tu vois de qui je veux parler… Après je te l'accorde, il y a des choses un peu surprenantes. Je ne parle pas de la viande crue que Mowgli et ses potes aux grandes dents dévorent à mains nues. Chez nous aussi, il y a des trucs qui se mangent et qui donnent envie de vomir. Les lasagnes de ta mère par exemple. Non, le plus étrange, c'est la manière dont on rajeunit de jour en jour ! Il suffit que le soleil se couche pour qu'une ride disparaisse. Il ne faudrait pas que je m'attarde trop longtemps ici ou tu paraitras bien vieux à côté de moi ! (Que cette idée ne t'empêche pas de dormir...). Bises mon chéri.
PS : Si tu pouvais ouvrir au livreur Menulog vers huit heures, ça serait sympa. Et dis-moi si tu as réussi à réparer la télécommande (j'ai vu les piles rouler sous la console à l'entrée si ça peut t'aider)
PSS: Tu peux déposer le colis devant l'abri de jardin, je me débrouillerai pour que Baloo passe le prendre.
*une "bucket list" mot anglais signifiant une liste personnelle de rêves et d'aspirations que l'on souhaite réaliser au moins une fois dans sa vie.
TEXTE 2
Rédaction d'une nouvelle courte de 3000 signes sous forme de parodie (transformation d'une oeuvre sous forme de critique) d'un texte choisi : Le coche et la mouche, Les Fables de Jean de La Fontaine
Le coche et la mouche
« Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un Coche. Femmes, Moine, Vieillards, tout était descendu. L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une Mouche survient, et des Chevaux s'approche ; Prétend les animer par son bourdonnement ; Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon, sur le nez du Cocher ;
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l'empressée ; il semble que ce soit Un Sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens, et hâter la victoire.
La Mouche en ce commun besoin
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin ; Qu'aucun n'aide aux Chevaux à se tirer d'affaire.
Le Moine disait son Bréviaire ;
Il prenait bien son temps ! une femme chantait ; C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait ! Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail le Coche arrive au haut. Respirons maintenant, dit la Mouche aussitôt :
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine. Ça, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.
Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S'introduisent dans les affaires :
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.
Texte 2 Parodie de "Le coche et la mouche" de Jean de La Fontaine
La bagnole et la mouche
Dans la pente raide, blindée de crevasses,
En plein cagnar, il est midi
La Fiesta v'nait d'cramer une bougie.
Mémé et les gosses débarqués.
La caisse hoquetait, calait, purée de bourbier.
Une mouche se pointe, s'pose sur le levier
Et croit franchement qu'elle va fixer le chantier
Elle passe du stick au volant et, pense à tout moment
Qu'elle pilote la satanée bagnole
Un oeil sur le compteur, un coup d'pédale des gaz
Dès que l'épave met le turbo
Et qu'elle voit les gamins, à pieds, la dépasser
Elle imagine que son numéro de Zorro, a gagné le combo.
Elle s'la joue Patrouille de France, loopings, tonneaux, piqués;
T'as l'impression de voir le boss, à l'atelier
Courant comme un fou, d'un type à l'autre,
Pressant le citron pour que le colis soit livré,
Et qu'une étoile soit gagnée
La mouche se croit franchement la champs*
Elle arrête pas de geindre, c'est elle qui se démène
Pas un qui l'aide pour diriger l'déchet.
Les mômes lisaient le manuel à l'envers
Mémé massacrait le « je t'aime » de Céline
Puisqu'il s'agit de préparer le karaoké du samedi soir !
Dame mouche va leur écharper les tympans.
Elle va pas se gêner, des conneries, elle en a plein son panier.
Après tant de barouf, la charette arrive enfin au sommet
Suis vidée, punaise, vivement que j'me tire en vacances se dit la Mouche.
J'ai tout donné, ces branquignoles sont sauvés
Et c'est pas la peine de me remercier. Sans moi, nada, vous restiez là.
Ainsi il arrive que des gens
Tout à leur mise en scène de gars pressés
Brassent de l'air,
Se mêlent de ce qui ne les regarde pas
Nous font croire que sans eux
C'est la cata, le bateau coule, les rats se noient
Alors qu'en vrai, ils font caguer
Y ferait mieux d'aller voir ailleurs
Si la mer a une aut'couleur
*championne